Les Cerises – Chapitre 2 : Le train qui tourne en rond [Choix 1]

Monsieur Grapinet, de son prénom Philippe, était contre-enquêteur pour le compte du Cerisier, et membre du train qui tourne en rond. Son métier était de repérer, par l’intermédiaire des journaux et des petites annonces, ceux qui disparaissaient et laissaient leur place à des cerises. Le Gouvernement, bien entendu, laissait croire à quiconque voulait l’entendre que ces méfaits étaient l’oeuvre d’une organisation secrète. C’est pourquoi la Police luttait en permanence contre des gens de la trempe de Monsieur Grapinet, ce qui expliquait aussi sa mauvaise réputation.

Toutefois, à la différence des policiers, Monsieur Grapinet n’opérait pas seul. En effet, si nombre de gens disparaissaient en laissant derrière eux une cerise, il y avait de fortes chances pour que ce fut un coup du Cerisier, intéressé par eux pour d’obscures raisons. Et retrouver ces « disparus » n’était pas chose facile : en plus de la traque permanente du Gouvernement, Monsieur Grapinet et son équipe faisaient face aux aléas des humeurs du Cerisier : le disparu pouvait se retrouver proche du village, ou au contraire à des milliers de kilomètres. C’était là l’utilité du train qui tourne en rond.

Le train qui tourne en rond, vous vous en doutez, ne tourne pas vraiment rond. Il faut dire que depuis la suspension du temps il y a un an, la locomotive, qui fonctionnait toujours au charbon, et ses quatre wagons demeuraient enfermés sur une boucle qui faisait le tour du village. Les autres aiguillages, malheureusement, semblaient bloqués indéfiniment. La mission de l’équipe du train, dont Monsieur Grapinet dirigeait les opérations, consistait à retrouver les « disparus » pour les amener au Cerisier avant la Police.

Monsieur Grapinet grimpa d’un pas lourd dans le train qui tourne en rond. Celui-ci, bien que rustre de l’extérieur, avait traversé les âges, et nul ne se doutait que la naïve charpente de bois renfermait un blindage de plomb malléable des plus modernes. Il arriva devant wagon de propulsion, accessible seulement à une petite partie de l’équipe. Saluant ses collègues, il demanda : « Bien, où va-t-on aujourd’hui ?

-Le disparu au chapeau melon a été aperçu par l’un de nos radars à Epreville-en-Roumois, répondit Anton, le chargé des commissions radars.

Philippe Grapinet fronça les sourcils :

-Où c’est qu’ça perche ça, Epreville machin-chose ?

-En Normandie Monsieur, à seulement cinq cent kilomètres d’ici. Avec la puissance du wagon, vous y serez dans dix minutes. La Police est sur le coup, mais ne l’a pas encore localisé précisément, ce qui nous donne de l’avance. Tenez, voilà l’adresse où il a atterri. »

Monsieur Grapinet attrapa le bout de papier que lui tendit son assistant, mémorisa l’adresse, puis il alluma sa pipe en se servant du papier comme combustible. Personne, en effet, ne devait mettre la main sur les « adresses » des disparus, hautement confidentielles. Si quelqu’un s’apercevait que l’on avait temporairement envoyé une personne innocente dans l’Air pour la remplacer par un « disparu », le train qui tourne en rond serait contraint de ne plus tourner du tout.

Sur ces pensées, Philippe Grapinet monta dans le wagon de propulsion. Un décompte se fit entendre, puis un bourdonnement, et puis plus rien. Il regarda par la fenêtre : il ne voyait que des nuages. Le wagon était en route.

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